Halabé · Business plan 2027-2031

Deux ans pour construire, puis la courbe

Ce document chiffre un seul pari : rendre industriel un geste qui ne l'a jamais été. Toutes les hypothèses sont explicites, et celles qui ne sont pas mesurées sont signalées comme telles.

1 — La contrainte physique

Tout part d'un chiffre : huit cents

Il faut environ huit cents prélèvements sur araignée pour obtenir un gramme de soie. Ce n'est pas une estimation : Simon Peers l'a mesuré sur son propre projet — six cents à mille cent araignées par gramme — le catalogue Oliver Hoare le recoupe à vingt-trois mille araignées par once, et notre calcul interne donne sept cent trente-cinq.

Nous avons chronométré les deux gestes : une minute pour nourrir un individu, dix minutes pour le dévider. Multiplié par huit cents, cela fait cent quarante-sept heures de travail humain par gramme. Aucune ferme d'araignées n'a jamais survécu à cette arithmétique.

C'est la seule raison pour laquelle ce marché est vide. Ce n'est pas un problème de biologie — l'élevage, nous savons le faire. C'est un problème de minutes.

2 — Ce que la levée achète

Diviser les minutes par quarante

Paliermin / prélèvementh / grammeCoût directCapacité
Aujourd'hui, tout à la main11,001472 567 €/g×1
Bâti de dévidage 24 postes1,4219331 €/g×8
+ nourrissage automatisé0,578132 €/g×19
Bâti 48 postes + manutention0,26360 €/g×42

Le prototype de dévidage existe et tire un fil continu sans rupture. Ce qui reste à faire est de le paralléliser, puis d'automatiser le nourrissage — un problème que l'élevage d'insectes résout à l'échelle industrielle depuis dix ans. Le coût direct comprend la main-d'œuvre technicien chargée à 17,50 €/h, les proies et la part élevage du local.

3 — Bilan matière

Un gramme ne se vend qu'une fois

La soie n'est jamais vendue brute. Un gramme vendu au gramme rapporte trois cents euros ; le même gramme transformé en joaillerie en vaut douze mille cinq cents. Toute la production part donc en pièces — joaillerie, broderie haute couture, œuvres — et le tableau ci-dessous ne peut jamais consommer plus qu'il ne produit.

20272028202920302031
Postes de dévidage112242448
Techniciens (ETP)22233
Produit (g)04080110140
Transformé (g)0,028,464,098,0128,0
Réserve fin d'année (g)2234506274
Coût direct (€/g)2 5671 127771468359
Bijoux08254050
Œuvres01234

La réserve n'est pas du stock dormant : c'est le tampon qui permet d'honorer une commande d'œuvre sans interrompre la joaillerie. Une maison de matière rare se juge aussi à sa réserve.

4 — Compte de résultat

2027 est une année à zéro, et le plan la finance

20272028202920302031
Chiffre d'affaires0 €155 000 €400 000 €625 000 €870 000 €
Coût des ventes0 €50 000 €122 500 €190 000 €245 000 €
Marge brute0 €105 000 €277 500 €435 000 €625 000 €
Masse salariale139 400 €139 400 €139 400 €167 400 €167 400 €
Charges d'exploitation64 600 €79 500 €109 000 €126 000 €138 000 €
EBITDA-204 000 €-113 900 €29 100 €141 600 €319 600 €
Investissements95 000 €65 000 €20 000 €35 000 €30 000 €
Trésorerie fin d'année201 000 €22 100 €31 200 €137 800 €427 400 €
2029

premier exercice à l'équilibre d'exploitation

72 %

de marge brute une fois la production installée

22 k€

point bas de trésorerie, atteint fin 2028

2,05 M€

de chiffre d'affaires cumulé sur cinq ans

Le point bas de trésorerie est le vrai sujet de cette levée. À cinq cent mille euros, la marge de sécurité fin 2028 est de vingt-deux mille euros, soit environ trois semaines d'exploitation. Le plan tient, mais sans aucun aléa. Une levée de six cent mille euros porterait ce coussin à quatre mois et absorberait un retard de six mois sur le cheptel — qui est le risque le plus probable.

5 — Emploi des fonds

Vingt-quatre premiers mois

Masse salariale47 %
Machines & automatisation27 %
Local, énergie, consommables15 %
Propriété intellectuelle & réglementaire6 %
Commercial5 %

Réparti par nature et non par thème, la paie en première ligne : c'est le poste dominant. Les deux dirigeants se versent deux mille euros net par mois chacun, soit quatre-vingt-trois mille quatre cents euros de coût employeur annuel pour les deux ; le reste de la masse salariale est technique.

6 — L'inventaire honnête

Ce qui est acquis, ce qui ne l'est pas

Acquis

  • Le taux d'éclosion des cocons est passé d'environ un sur dix à la quasi-totalité, par contrôle de l'hygrométrie à quatre-vingts pour cent
  • Près de quatre cents individus menés à un stade avancé, plus de trente cocons, environ mille juvéniles
  • L'élevage individuel supprime totalement le cannibalisme, sans une seule perte à la mue
  • Prototype de dévidage motorisé produisant un fil continu sans rupture
  • NDA mutuel signé avec Richemont le 23 avril 2020 ; échantillons déposés au siège de Kering le 19 mai 2020
  • Premières pièces réalisées avec l'École Lesage et l'Atelier du Bégonia d'Or, brodeur d'or depuis 1666

Non acquis

  • Aucune masse de soie issue de l'élevage français n'a été pesée sur une balance de précision — c'est le jalon zéro
  • La machine de moulinage, nécessaire pour constituer une bobine, reste à développer
  • Le cycle complet d'une génération à la suivante n'a pas été bouclé
  • Le sexage précoce n'est pas résolu
  • La soie ne supporte pas l'eau : le plan n'adresse que des usages secs — joaillerie, broderie haute couture, œuvres, objets scellés. L'imperméabilisation est une R&D complémentaire, ni financée ni valorisée ici
  • Aucun brevet déposé : les deux procédés sont brevetables, le programme de dépôt fait partie de cette levée
  • La société n'a réalisé aucun chiffre d'affaires à ce jour

Le cheptel a été dispersé et le local rendu en avril 2026. Les six premiers mois sont une remise en route, pas un démarrage : c'est intégré au calendrier et à la trésorerie.

7 — Jalons

Ce qui doit être vrai, et quand

ÉchéanceJalonCritère de réussite
M+1MétrologieBalance analytique 0,1 mg ; tout le stock historique pesé
M+3Cheptel racheté, local équipéCinq cents individus en élevage individuel
M+6Rendement mesuréMilligrammes par araignée et par prélèvement, sur cent individus
M+12Bâti douze postes en serviceMoins de deux minutes de main-d'œuvre par prélèvement
M+18Cycle F1 → F2 boucléUne génération née en captivité arrivée à maturité
M+24Bâti vingt-quatre postes, premières piècesQuarante grammes produits, huit bijoux et une œuvre livrés

Le jalon M+6 est le plus important du plan : tant que le rendement massique par araignée n'est pas mesuré, aucune projection de capacité n'a de valeur. Il conditionne tout le reste, et il coûte moins de deux mille euros.

8 — Scénarios

Le plan, et son plancher

Le plan présenté dans la levée retient le haut des fourchettes défendables. Le scénario bas retient le bas des mêmes fourchettes. Les deux reposent sur la même production physique — seuls les prix et le rythme changent.

À l'horizon 2031Scénario basPlan
Prix moyen d'une pièce de joaillerie10 000 €25 000 €
Pièces par an5090
Prix moyen d'une œuvre80 000 €180 000 €
Œuvres par an46
Grammes produits140300
Plafond main-d'œuvre à 5 ETP424424
Chiffre d'affaires870 000 €3 330 000 €
EBITDA319 600 €2 381 600 €
Retour sur 500 k€ pour 25 %, sortie à 4,2× le CA1,8×7,0×

Les trois écarts entre les deux colonnes sont adossés à des comparables : Hemmerle affiche une moyenne de vingt-cinq mille neuf cents dollars au marché secondaire ; Carpenters Workshop a un ticket d'entrée de trente-huit mille euros ; et les trois cents grammes restent sous le plafond de main-d'œuvre calculé plus haut. Le scénario bas reste positif en EBITDA dès 2029.

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